Ramadhan Muhire, un Rwandais recherché pour son rôle dans le génocide contre les Tutsi en 1994, vit librement au Zimbabwe depuis près de 30 ans, protégé, selon certaines sources, par des personnalités influentes du pouvoir à Harare.
Une récente enquête menée par des journalistes zimbabwéens a révélé que Muhire, ainsi que d’autres fugitifs génocidaires, entretiennent des liens étroits avec des responsables haut placés et auraient utilisé la corruption pour garantir leur sécurité durant toutes ces années.
Muhire, qui possède une entreprise florissante dans ce pays d’Afrique australe, a appartenu aux milices Interahamwe. Un précédent article de The New Times l’associait à des massacres commis dans l’Est du Rwanda.
Originaire de Nyagasozi à Birenga—aujourd’hui Village Amahoro, Secteur Nyaruvumu, Cellule Rukira, District de Ngoma—Muhire a fui la justice malgré qu’il figure parmi les suspects les plus recherchés pour génocide.
Avant le génocide, il travaillait comme chauffeur, mais il était connu pour son extrémisme et ses actes violents dans l’ancienne préfecture de Kibungo.

Nombreux sont ceux qui confirment qu’il s’agit bien de Muhire Ramadhan.
Il aurait reçu une formation militaire et figurait parmi les premiers responsables des massacres, selon un rescapé de sa région interrogé par The New Times en 2020.
Après le génocide, il a fui en Tanzanie, puis au Malawi, avant de s’installer au Zimbabwe, où il a bâti un empire commercial et accumulé une grande richesse.
Une enquête publiée la semaine dernière par The News Hawks, un média zimbabwéen impliqué dans les recherches de l’ONU sur Protais Mpiranya (un autre fugitif génocidaire mort au Zimbabwe), montre que Muhire et d’autres fugitifs ont tissé des réseaux solides dans les sphères sécuritaires et politiques du pays.
The News Hawks affirme que ce groupe a blanchi de l’argent à travers diverses entreprises basées surtout à Harare et ses environs.
Kazembe Kazembe, ministre zimbabwéen de l’Intérieur, a déclaré ne pas connaître Muhire, ni son rôle dans le génocide, ni son lieu de résidence.
Il a dit : “Je ne suis pas au courant. C’est la première fois que j’entends parler de cette personne.”
The New Times a tenté de contacter Nick Mangwana, secrétaire permanent au ministère de l’Information, mais n’a obtenu aucune réponse. Même silence du côté de Faustin Nkusi, porte-parole du Parquet national rwandais.
Bien que le Zimbabwe ne protège pas officiellement ces individus, des responsables influents seraient corrompus pour leur fournir protection et soutien.
Certains fugitifs contrôlent aujourd’hui des institutions-clés comme l’immigration, les services de renseignement (CIO), la police nationale et l’administration fiscale, selon la presse locale.
Plusieurs auraient obtenu la nationalité zimbabwéenne frauduleusement. The News Hawks révèle que Muhire aurait déboursé 500 000 dollars pour obtenir des papiers officiels et protéger ses intérêts.

Sa fortune est estimée à plus de 20 millions de dollars. Il serait lié à Protais Mpiranya et à Sheikh Asumani, qui s’est réfugié en Europe après la mort de son proche.
D’après des sources, son réseau comprend Damascene Matyazo, qui s’est fait passer pour un Burundais, Desire Safari, Patrice Ngono, Valens Kubanza (présentés comme Malawites), ainsi que Eugene Habyarimana et Felix Ndikumwenimana, prétendant venir de RDC.
D’autres comme Parfait Habimana, Jean Claude Hakizimana, Augustin Muragijimana auraient également menti sur leurs origines. S’ajoutent à la liste Henry Ingabire (avocat), Faustin Barame et Evode Nsanzuwera, qui se dit “leader des réfugiés”.
Tous vivent librement au Zimbabwe et chercheraient à déstabiliser le Rwanda en appuyant notamment les FDLR, groupe terroriste opérant à l’Est de la RDC.
Ces réseaux chercheraient également à saboter les relations diplomatiques entre le Rwanda et le Zimbabwe.
L’Afrique australe reste un refuge de longue date pour plusieurs fugitifs du génocide de 1994 contre les Tutsi.


