L’espoir de raviver les relations diplomatiques entre le Rwanda et le Burundi s’amenuise après la nomination par le président Evariste Ndayishimiye d’un nouveau ministre des Affaires étrangères, le Dr Edouard Bizimana, que beaucoup décrivent comme un homme clivant et imprégné d’idéologies ethniques, un profil de plus en plus visible chez certains dirigeants de la région des Grands Lacs.
Le 5 août 2025, le président burundais a remanié son gouvernement, supprimant deux ministères sur les quinze existants, et nommant le Dr Edouard Bizimana au poste de ministre des Affaires étrangères, un jour seulement après la nomination de Nestor Ntahontuye comme nouveau Premier ministre, en remplacement de Gervais Ndirakobuca, devenu président du Sénat.
La nomination de Bizimana a été saluée par certains hauts responsables burundais, dont le conseiller présidentiel Willy Nyamitwe, qui lui a souhaité plein succès pour défendre les intérêts du Burundi à l’international. Mais pour certains Burundais et Rwandais qui le connaissent, cette nomination est une catastrophe pour la région.
L’activiste burundais des droits de l’homme, Pacifique Nininahazwe, critique du gouvernement CNDD-FDD depuis 2015 et même avant, a écrit sur X :
« Avec Albert Shingiro, nous avions un ministre qui niait le génocide des Tutsi au Rwanda. Avec Édouard Bizimana, nous avons un homme profondément diviseur. Il déteste le Rwanda. Pourra-t-il vraiment aider à réduire les tensions régionales ? »
Son message est accompagné de captures d’écran de propos polémiques de Bizimana sur X, où il tenait des propos discriminatoires, comme :
« Comment Nduhungirehe, un Hutu rwandais, peut-il devenir le porte-parole des Tutsi congolais… »
Il avait également écrit que les 796 Rwandais rapatriés depuis les forêts congolaises vers Rubavu pourraient être tués au Rwanda et que leur sort était incertain.
Certains Rwandais qui le connaissent ont aussi réagi. L’ambassadeur du Rwanda en Indonésie, Sheikh Abdul Karim Harerimana, a tweeté :
« M. Edouard Bizimana est un extrémiste connu dans le monde entier. Attendez de voir. »
Christa Mongi Muhangi, née à Ngara en Tanzanie et ayant grandi à Lubumbashi et Bujumbura, a déclaré :
« Nommer Edouard Bizimana, rongé par la haine ethnique, est une gifle à la diplomatie et à la paix régionale. Ce choix montre que le CNDD-FDD ne veut ni réconciliation ni sécurité, mais poursuit une idéologie toxique. Le Burundi court à sa perte. »
Qui est le Dr Edouard Bizimana ?
Né le 10 février 1968 au Burundi (57 ans), il est marié et père de quatre enfants.
Il détient un Bachelor en lettres anglaises modernes de l’Université de Yaoundé (1998), ainsi qu’un Master et un doctorat en relations internationales de l’IRIC au Cameroun.
Sa thèse de doctorat portait sur :
« Conflits armés et protection de l’environnement dans la région des Grands Lacs. »
Il a fait des stages au ministère camerounais des Affaires étrangères, à la Fédération d’athlétisme du Cameroun, et à l’Institut d’études diplomatiques du Caire.
En 2004, il rejoint le ministère burundais des Affaires étrangères en tant que conseiller auprès du directeur de la coopération Europe-Amérique du Nord. Il devient ensuite chef adjoint du protocole auprès du 2e vice-président (2006), puis premier conseiller à l’ambassade du Burundi à Washington (2007–2010).
En 2012, il supervise les organisations internationales et régionales au ministère, avant d’être nommé secrétaire permanent du Forum des Partis Politiques (FDP).
Depuis juin 2012, il était ambassadeur du Burundi en Allemagne, où il aurait contribué à renforcer la coopération entre son pays et plusieurs États européens.
Dr Bizimana remplace Albert Shingiro, qui avait œuvré à la normalisation diplomatique du Burundi après des années d’isolement.


