Un membre de la Chambre des Lords, ou la chambre haute du parlement britannique, appelle son pays à traduire en justice les fugitifs du génocide perpétré contre les tutsis.
S’adressant à ses pairs de la Chambre des lords, lors d’une session du parlement le 07 décembre dernier, Lord Stuart Polak a exprimé sa déception quant à la manière dont le Royaume-Uni traite les auteurs du génocide qui bénéficient actuellement d’un séjour confortable dans le pays.
« Pas moins de cinq auteurs présumés du génocide rwandais vivent librement au Royaume-Uni et en reçoivent tous les avantages. Pourtant, des pays comme les États-Unis, le Canada, la France, la Belgique et la Suède, entre autres, ont extradé des accusés pour qu’ils soient traduits en justice dans le système judiciaire rwandais où la peine de mort a été abolie, il y a de cela plus de 10 ans », a-t-il déclaré. Et, nous, « de façon choquante, nous ne l’avons pas fait », a-t-il ajouté.
Les cinq suspects de génocide inculpés qui ont trouvé refuge au Royaume-Uni sont le Dr Vincent Bajinya alias Brown, 60 ans, qui a déjà acquis la nationalité britannique. Les autres sont Célestin Ugirashebuja 67 ans, Charles Munyaneza 62 ans, Emmanuel Nteziryayo et Célestin Mutabaruka 65 ans. Ce dernier, pasteur dans le Kent, est accusé d’avoir personnellement pris part aux massacres de tutsis refugiés dans l’église presbytérienne de Gatare et aux massacres de Bisesero, à l’ouest du Rwanda.
Tous les cinq sont accusés d’avoir orchestré le génocide contre les Tutsis et il y a déjà plus de 13 ans que la justice britannique est en possession de mandats d’arrêt et d’actes d’accusation émis contre eux. Le Rwanda y demande leur extradition ou leur jugement au Royaume-Uni, mais ce dernier a fait la sourde oreille, ouvrant ainsi la voie à la liberté de ces fugitifs du génocide.
Traiter la question avant le CHOGM
Le 21 mai 2020, soit 5 jours après l’arrestation de Félicien Kabuga en France, un autre membre du parlement, Andrew Mitchell, a écrit un article, publié dans le Times, sous le titre «La Grande-Bretagne a le devoir de traduire en justice les accusés de génocide». Pourquoi la France reçoit-elle des éloges du monde entier, et pas le Royaume-Uni ?, s’interrogeait-il ?
Et de relayer l’appel lancé par son collègue député, pour que le Royaume-Uni fasse son devoir de traduire en justice les fugitifs du génocide. Lord Polak réitère les déclarations précédentes de Mitchell: « Les âmes des Tutsis massacrés réclament justice, mais la Grande-Bretagne a fait la sourde oreille, nous devrions tous avoir honte ».
« J’appelle le gouvernement », a-t-il souligné, « à traiter cette question immédiatement, avant le prochain CHOGM qui se tiendra à Kigali ». La réunion devrait avoir lieu en juin de l’année prochaine, après avoir été reportée au milieu de cette année en raison de la pandémie de Covid-19.
L’argent du contribuable
Les cinq auteurs présumés de génocide recherchés qui vivent au Royaume-Uni, « non pas cachés mais bien au vu et su de tout le monde. Depuis plus de 11 ans, le système juridique britannique tergiverse dans des subtilités juridiques sans fin. Mais qui pis est, le contribuable britannique a déjà dépensé plus de 3 millions de livres sterling pour la conduite de cette procédure judiciaire ; encore que quatre des accusés vivent au dépens du contribuable.
En juillet 2017, un juge de la Haute cour britannique avait bloqué l’extradition des cinq hommes au motif qu’il y avait un risque qu’ils ne puissent pas bénéficier d’un procès équitable. A défaut d’extradition, le gouvernement rwandais a demandé de les déférer devant la justice britannique, mais cette requête reste toujours en suspens.
Sehene Ruvugiro Emmanuel


